La résistance des gendarmes du Morbihan

 
 

Protection des personnes, renseignement, recrutement et formation des maquisards sont autant de missions dévolues aux gendarmes résistants du Morbihan.

La protection des personnes

À l'instar de la recherche du renseignement, la protection des personnes est une mission prioritaire et permanente de la Gendarmerie.

Sous l'occupation, l'engagement total des gendarmes dans l'exécution de cette mission s'impose d'emblée au chef d'escadron GUILLAUDOT comme une impérieuse nécessité. Son engagement personnel dans cette mission lui vaut d'être muté, à titre de sanction disciplinaire de Rennes à Vannes, pour avoir refuser d'exécuter un ordre du préfet.
Dès son arrivée dans le Morbihan, il prescrit à ses gendarmes « de se conduire en Français, de ne rien faire qui puisse nuire aux Français mais au contraire de les défendre, même à leur insu ».
Immédiatement, des mesures concrètes sont prises :

  • élimination de la documentation des brigades, de toute information susceptible de permettre aux Allemands de retrouver les personnes qu'ils recherchent,
  • incitation des secrétaires de mairie à faire disparaître certains registres (chasseurs...),
  • refus d'exécuter certaines réquisitions des autorités allemandes,
  • activation de filières d'évasion pour les aviateurs alliés tombés en Bretagne,
  • mise en oeuvre de procédures d'alerte préalable des personnes recherchées par les Allemands,
  • négligences répétées dans la surveillance des personnes interpellées.

Mais l'inefficacité notoire des gendarmes dans la poursuite des terroristes et des réfractaires au service du travail obligatoire (le Morbihan est le département français comptant le plus de réfractaires au STO non retrouvés), éveille l'attention puis la suspicion de la Gestapo sur la gendarmerie.
Les gendarmes, et le commandant GUILLAUDOT en particulier, doivent redoubler de vigilance et d'ingéniosité pour continuer leur mission protectrice. Malgré les précautions prises, de nombreux gendarmes sont arrêtés, déportés ou fusillés pour leur engagement dans cette mission.

Le renseignement

La recherche des informations utiles au service, leur exploitation et leur diffusion aux autorités responsables de l'ordre et de la sécurité publique, mais aussi de la défense du pays est l'une des activités essentielles de la Gendarmerie.

Organisée en petites unités réparties sur l'ensemble du territoire, très bien intégrée à la population, la Gendarmerie est particulièrement bien placée et armée pour effectuer ce travail. Napoléon n'écrivait-il pas que ce corps « fournissait les rapports les plus complets et les plus précis ».
Après la signature de l'armistice, les Allemands maintiennent, curieusement, la gendarmerie départementale en zone occupée. Ils pensent sans doute pouvoir s'appuyer sur elle pour maintenir l'ordre sur leurs arrières. Les gendarmes peuvent ainsi aller et venir sur tout le territoire pour accomplir leurs missions traditionnelles. Ils peuvent même souvent pénétrer sur les bases allemandes. Enfin, ils conservent leur organisation et leurs moyens de liaison (téléphone, voiture, motocyclettes et bicyclettes).
Naturellement, le chef d'escadron GUILLAUDOT utilise le savoir-faire de ses gendarmes en matière d'acquisition du renseignement et leur exceptionnelle et précieuse liberté de mouvement. Ainsi, il transmet au BCRA* à Londres de nombreux renseignements sur l'implantation, les moyens, les activités et les mouvements des troupes allemandes dans le département.
Chaque semaine, les brigades adressent au commandant GUILLAUDOT, alias « Yodi », un état de l'implantation militaire allemande dans leur circonscription.

Aussi, « Yodi » peut-il répondre de manière très complète et précise aux demandes de renseignements de Londres.
À partir de décembre 1942, ce travail est facilité lorsque le Bureau des opérations aériennes parachute, près de l'étang au Duc à Ploërmel, Guy LENFANT et André RAPIN, spécialistes radio et le poste émetteur-récepteur tant attendu. Placées sous la responsabilité du lieutenant GUILLO, alias « Chuais », les liaisons ont désormais lieu à intervalles réguliers entre Ploërmel et Londres.

En mai et juin 1943, les gendarmes du Morbihan élaborent un important dossier de renseignement adressé à Londres, sous le célèbre nom de code : « le panier de cerises ».

* Le BCRA (Bureau central de renseignements et d'action) est le service d'espionnage et d'action de la France libre. Dès 1941, avec l'appui de multiples réseaux, il envoie du matériel et des parachutistes armés pour réaliser des missions de destruction sur la côte Atlantique.

Le « panier de cerises »

Élaboré en mai et juin 1943, le dossier 2223, plus connu sous le nom de code « panier de cerises », est constitué de nombreux documents.
 
Vingt-trois croquis réalisés à la main par les gendarmes des brigades territoriales sont, dans la plupart des cas, accompagnés d'un commentaire explicatif souvent très détaillé. Ces croquis mettent en évidence les défenses, les installations, les garnisons allemandes dans certaines zones sensibles du département.
 
Une carte du Morbihan, réduite au 1/200.000ème, indique toutes les défenses côtières avec l'orientation de leurs feux. Les zones de la côte propices à un débarquement allié sont soulignées d'un trait vert. La baie de Suscinio fait l'objet d'une note spéciale. Le faux camp d'aviation situé à un kilomètre à l'ouest de Grand-Champ, de part et d'autre de la route de Baud (RN 779), y est mis en évidence.
 
Un rapport, numéroté 2223, trace un tableau complet des moyens dont dispose l'armée allemande dans le Morbihan au début du mois de juin 1943.
 
Les deux exemplaires du dossier :
 
- L'un est placé dans un conteneur, puis scellé et enterré dans le jardin du gendarme HULOT , au sein de la caserne de gendarmerie de Vannes. Il est ensuite récupéré intact par le chef d'escadron GUILLAUDOT à son retour de déportation.
- L'autre est caché par l'adjudant LOUARN , à la brigade de Josselin, en attendant son expédition aux autorités de la France Libre. Il est ensuite placé dans une boîte spécialement conçue à Londres pour son transport. Celle-ci est munie d'un double fond et d'un dispositif de destruction.
 
Le dossier complet est transporté dans la région d'Auxerre (89) par un commando composé de quatre hommes : Guy LENFANT, Honoré CHAMAILLARD, Julien LEPORT et Jean GARIN. Dans la nuit du 18 au 19 juillet 1943, Guy LENFANT embarque dans un Lysander avec le « panier de cerises », qu'il remet aux officiers du BCRA.
 
Le soir du 20 juillet, le commandant GUILLAUDOT entend sur les ondes de la BBC Radio le message tant attendu : « Le panier de cerises est bien arrivé. Les fruits sont remarquables. Nous aimerions en recevoir d'autres. [...] Félicitations et remerciements à Yodi, pour son action et son excellent travail. »

Recrutement, armement et encadrement des maquisards

Le recrutement des maquisards ne peut se faire par des prises de contact individuelles. Encore faut-il prendre de multiples précautions dans les démarches, afin de ne pas compromettre la sécurité des réseaux.

Un recrutement ciblé.

Les gendarmes connaissent bien la population et, à ce titre, sont bien placés pour repérer les patriotes et les approcher. Beaucoup d'entre-eux participent ainsi très efficacement au recrutement d'un nombre important de volontaires, qu'ils organisent rapidement en unités. Les gendarmes s'intéressent, en particulier, aux officiers et sous-officiers de réserve, dont la formation militaire leur permet d'encadrer les unités.

Une instruction nécessaire.

La plupart des recrues, qui sont des jeunes, n'a pas du tout ou peu de formation militaire. En effet, les militaires sont encore, en grande majorité, prisonniers en Allemagne. De plus, les armes et explosifs parachutés par la France Libre sont d'origine étrangère et de nouvelle génération. À la demande du chef d'escadron GUILLAUDOT, un instructeur est envoyé de Londres : Jean CHOLET, alias « Pelos », entreprend, dès son parachutage en mai 1942, l'instruction sur les armes nouvelles. Il commence par dispenser ses cours aux gendarmes, lesquels ont pour mission l'instruction des maquisards. Les casernes de gendarmes, dans bien des cas, offrent les locaux nécessaires à ces séances d'instruction.

Un armement allié.

La mission «Cockle» et les armes récupérées permettent au maquis de disposer d'un important arsenal, faisant d'« Action » le réseau le mieux équipé du département. De nombreux dépôts sont constitués, initialement dans les secteurs de Ploërmel et Pontivy.

Lorsque les compagnies FFI se forment, les armes sont aussitôt distribuées. À la création de l'Armée secrète du Morbihan (ASM), « Action » arme les autres réseaux membres de l'ASM.
La constitution de ces dépôts et leurs livraisons implique des opérations de transport toujours dangereuses, pour lesquelles les moyens de la gendarmerie sont souvent mis à contribution.

Un encadrement professionnel.

Les formations combattantes de la Résistance manquent de cadres militaires pour les conduire au combat. Seule le mouvement de la « France combattante » dispose de cadres : en effet, de nombreux gendarmes (titulaires du brevet de chef de section), officiers et sous-officiers de réserve composent les rangs du mouvement. Un nombre important de gradés et gendarmes sont donc appelés à mettre leur compétence militaire au service des FFI. Plusieurs d'entre-eux sont commandants de compagnie, d'autres plus nombreux chefs de section ou de groupe. Certains conduisent leur formation au combat jusqu'à la libération total du sol breton.